Les passionnés de haute fidélité d’aujourd’hui connaissent la signature sonore du disque vinyle, sa texture unique, à la fois chaleureuse et détaillée. Mais derrière ce plaisir auditif se cache une prouesse technique méconnue : l’égalisation RIAA. Pour comprendre son importance, il faut revenir à une époque où chaque maison de disques, chaque fabricant, imposait sa propre loi acoustique. Avant la normalisation, les vinyles souffraient d’une cacophonie d’égalisation : écouter un 33 tours Decca ou Columbia sur une platine Scott ou Thorens n’offrait aucune garantie de fidélité. Tout tenait au hasard du couplage entre la façon dont a été « sculpté » le signal lors de la gravure, et celle dont il était « relu » lors de la restitution.
Une effervescence d’inventions caractérise l’après-guerre. Chaque studio développe son standard de correction de courbe. À la clé ? Un casse-tête pour l’auditeur, et parfois une dénaturation redoutable du signal : aigus surexposés, basses atrophiées, dynamique écrasée… Il n’était pas rare que les musiciens découvrent sur leur propre platine une interprétation radicalement modifiée de leur enregistrement ! Cette anarchie sonore était le revers de l’âge d’or du vinyle.
